Certaines de mes toiles sont construites, composées avant d'être peintes (dans la forêt, babel titanic...) : une "vision" guiderait leur création, passant par quelques études et esquisses. La toile finie serait l'expression, imparfaite, de cette "vision" autrement incommunicable, qui était son modèle. En fait, cette vision elle-même n'est qu'une ébauche artistique, une tension vers une expression finale encore incomplètement définie avant d'être réalisée .
Les autres toiles, la majorité, sont construites lors de l'acte même de leur creation et ne revendiquent pas de vision génératrice initiale, mais un désir, une impulsion, et des lignes de force déterminées par le choix des matières, des couleurs, des modes d'imposition de la peinture et par le répertoire des signes visuels retenus. L'œuvre épouse ces lignes de forces et inscrit entre elles sa forme finale, négociée ou imposée progressivement à chaque étape de la création/révélation.
Mais je ne me réfère pas ici à une forme de peinture automatique d'où je serais presque absent, au moins au niveau conscient. Je lis et interprète à chaque instant l'expression provisoire de l'oeuvre et choisis la direction de l'étape suivante de son "ontogénèse" ; ) Au fur et à mesure, se dévoilent ainsi les formes organisatrices de l'oeuvre et se confirment des liens porteurs de sens, entre les signes peints qui la composent.